La crise financière internationale

La crise financière, aussi dramatiques qu’en soient les conséquences, n’est qu’une déclinaison de la crise multiformes à laquelle le monde est confronté. La multiplicité des crises – climatique, énergétique et de gouvernance financière – doit nous amener à réfléchir en profondeur à la nature inéquitable et intenable des modèles de croissance actuels et à la différence de valeur accordée aux divers moyens de production et de consommation.

Une réforme systémique de la gouvernance mondiale est nécessaire


Ces 30 dernières années, l’investissement des ressources s’est injustement décalé du monde du travail vers le monde de la finance, provoquant une surestimation de la valeur de la finance par rapport à toutes les autres ressources productives. La crise financière souligne la nécessité d’une approche nouvelle et fondamentalement différente, au cœur de laquelle devraient figurer plusieurs éléments : un revenu décent pour les travailleurs ; la mise en place de mécanismes de stabilisation des prix des denrées, lesquels conditionnent dans une large mesure les revenus des paysans qui forment la majorité de la population active dans les pays en développement ; la mise en place de mécanismes qui assurent une répartition plus équitable des revenus et des richesses..

La crise financière internationale résulte d’une déréglementation et d’une opacité croissantes du système financier international. Plus fondamentalement, cette crise a révélé la faillite d’une architecture financière internationale dépassée et déséquilibrée, qui profite à une infime minorité. La plupart des organismes de réglementation et de normalisation sont soit aux moins d’acteurs privés (l’International Accounting Standards Board, par exemple) qui défendent leurs droits acquis soit monopolisés par des pays industrialisés (le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire, par exemple). Il va de soit que les politiques édictées par ces organismes servent les intérêts de leurs membres et donc pas ceux des pays en développement. Le même déséquilibre des rapports de force apparaît entre pays développés et en développement au niveau des institutions financières internationales (IFI), au profit des nations développées. Sans surprise, les politiques des IFI défendent les intérêts des pays riches, bien que l’on sache pertinemment que ces politiques ne servent pas les objectifs de développement. 

Alors que la crise atteignait des proportions dramatiques en 2008, le forum du G20 (les 20 économies riches et émergentes) est tombé d’accord sur un ensemble de mesures d’urgence, et sur le fait qu’il prendrait plus tard diverses autres mesures pour s’attaquer aux causes de la crise. Fidèle au déséquilibre des rapports de force dans le monde, ce forum a exclu la majorité de la communauté internationale de ses discussions. Son train de mesures d’urgence visait essentiellement à porter secours aux 20 économies concernées. Comme on pouvait le prévoir, aucune véritable réforme de l’architecture internationale ne figure parmi les mesures anti-crise.

Le processus de Doha


La CIDSE se félicite par conséquent de ce que la communauté internationale, lors de la Conférence internationale de réexamen du financement du développement (Doha), ait pris l’initiative d’organiser en 2009 une conférence internationale au plus haut niveau afin de discuter de la crise financière et de ses effets sur le développement. On ne pourra toutefois parler de succès que si les problèmes fondamentaux de l’architecture institutionnelle mondiale qui perpétuent la crise y sont abordés. Il faudra pour cela que tous les blocs économiques et politiques, et en particulier ceux qui font partie du G20, apportent leur soutien politique à cette conférence, la préparent et y participent au plus haut niveau.

Link to related audiovisual content published on YouTubeCette conférence internationale, qui a eu du 24 au 26 juin 2009, était organisée par l’Assemblée générale des Nations unies. La CIDSE a suivi la discussion autour des préparatifs de la conférence, et plus particulièrement la question de l’espace accordé aux contributions de la société civile avant la conférence et pendant l’événement proprement dit. En amont de la conférence, le Président de l’Assemblée générale des Nations unies a demandé à Joseph Stiglitz, lauréat du Prix Nobel, de diriger un groupe d’experts chargé de formuler une série de propositions de réforme du système économique et financier. La CIDSE a contribué aux délibérations de ce groupe en lui soumettant un document.