Commerce, agriculture et développement rural
La sécurité alimentaire correspond à une situation dans laquelle tous les êtres humains ont, à tout moment, accès à une nourriture suffisante et nutritionnellement adéquate pour mener une vie saine et active. Pour ce faire, plusieurs politiques doivent être conjuguées de manière cohérente et harmonieuse, notamment celles qui concernent le commerce, l’agriculture et le développement rural. La CIDSE plaide pour que des changements soient apportés dans ces trois domaines de manière à assurer la sécurité alimentaire et à réduire la pauvreté dans les pays en développement.
L’importance de l’agriculture pour le développement
La réduction de la pauvreté est intimement liée à l’agriculture et au développement rural. Sur les 1,2 milliards d’individus qui, de par le monde, vivent avec moins d’un dollar par jour, 900 millions habitent dans des zones rurales où l’agriculture est le principal sinon le seul moyen de subsistance possible. L’agriculture génère de l’emploi et des revenus à partir des activités menées sur et en dehors de l’exploitation (comme la transformation et le transport, par exemple). L’agriculture est donc essentielle à l’avènement de communautés rurales fortes et à la réduction de la pauvreté dans les zones rurales.
Lacunes politiques
Les investissements agricoles ont fortement chuté au cours des dernières décennies. Pourquoi ? Parce que la théorie du développement de l’époque voulait que l’État soutienne moins l’agriculture et se fie davantage aux forces du marché. Les conditionnalités imposées par les bailleurs tant à l’égard de leur aide que de leurs prêts ont été souvent utilisées pour contraindre les gouvernements des pays en développement à opérer des choix politiques qui correspondaient à cette théorie.
De nombreux théoriciens et stratèges politiques postulent qu’une libéralisation mondiale des échanges, y compris du commerce agricole, sera automatiquement profitable aux pays en développement. Ce postulat ignore toutefois les contraintes du côté de l’offre qui empêchent les agriculteurs des pays en développement de profiter d’un accès élargi aux marchés internationaux. Il ne tient pas compte non plus des effets induits par un des corollaires de la libéralisation accrue des échanges, à savoir l’élimination des taxes d’importation et d’autres outils de génération de recettes. Il s’ensuit une chute vertigineuse des recettes publiques alors que de nombreux pays en développement sont au contraire en proie à la nécessité d’accroître leurs revenus pour investir dans leur développement.
La libéralisation des échanges agricoles n’a donc pas profité aux pays en développement, et le « dumping » pratiqué par certains États développés – l’UE et les États-Unis en particulier – n’a rien fait pour arranger les choses. Le « dumping », c’est la vente de produits agricoles dans les pays en développement à un prix inférieur à leur coût de production, grâce aux subventions. Résultat : les producteurs locaux ne parviennent plus à obtenir un juste prix pour leurs produits et les marchés locaux implosent.
C’est ce mélange de politiques et de pratiques qui est à l’origine de la pauvreté rurale et de l’insécurité alimentaire que connaît le monde d’aujourd’hui. Incapables de gagner leur vie à cause de l’effondrement des marchés locaux et privés d’aides publiques, des millions d’habitants des pays en développement ont quitté le secteur agricole. La dépendance des pays en développement à l’égard des importations de denrées s’est par conséquent accrue, alors que beaucoup d’entre eux étaient autrefois de grands producteurs et exportateurs d’aliments. Avec la flambée mondiale des prix des denrées tout au long de 2007-2008, plusieurs milliards de personnes n’ont plus accès à une nourriture suffisante.
Solutions politiques
La CIDSE s’efforce de promouvoir des politiques agricoles et commerciales qui permettent aux pays en développement de mettre l’agriculture et le développement rural au service de leur développement humain et de leur croissance économique. Depuis dix ans, notre réseau demande l’arrêt du « dumping » sur les marchés des pays en développement. Pour la CIDSE, les accords commerciaux internationaux doivent ménager un espace politique suffisant aux pays en développement pour qu’ils puissent protéger et promouvoir leur secteur agricole par une intégration transversale du traitement spécial et différencié accordé à leurs produits.
La CIDSE poursuit son analyse des différents choix politiques qui s’offrent aux pays en développement désireux de promouvoir le potentiel de leur agriculture et de leur secteur rural. Cette analyse s’articule autour de plusieurs priorités, à savoir:
- Assurer un revenu décent et garanti aux agriculteurs pour veiller à ce qu’un nombre suffisant d’entre eux reste dans le secteur agricole ; accroître leur capacité d’extension et d’investissement en apportant un soutien particulier aux petits paysans qui constituent la majorité du monde agricole dans les pays en développement
- Assurer l’accès à ces ressources indispensables que sont l’eau, la terre, le crédit et l’information sur les marchés, car elles représentent d’importantes contraintes du côté de l’offre pour les agriculteurs des pays en développement
- Promouvoir l’emploi en dehors de la ferme, notamment dans des filières complémentaires de la production agricole comme la transformation, le conditionnement et la commercialisation
- Soutenir la mise en capacité et une conscience politique accrue parmi les agriculteurs et les communautés rurales en général, et les femmes et les groupes défavorisés en particulier.




