Mettre fin à la complicité dans les conflits de financement - CIDSE

Mettre fin à la complicité dans les conflits de financement

Les dirigeants d'église appellent l'UE à mettre fin aux minerais de conflit dans les produits de consommation.

Cet article d'opinion de Mgr Fridolin Ambongo, évêque de Bokungu-Ikela, République démocratique du Congo, et de Mgr André-Joseph Léonard, archevêque de Bruxelles-Malines, Belgique, a été initialement publié sur Euractiv.com sur 20 / 02 / 2015

Alors que les citoyens européens sont confrontés à différents scandales financiers, par exemple luxleaks et dernièrement swissleaks, la moralité de notre système économique est chaque jour de plus en plus remise en question. Des enquêtes récentes sur les relations commerciales entre l’Europe et l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine ont provoqué un malaise similaire. Celles-ci ont révélé une complicité d'entreprises et de citoyens européens avec des groupes et des forces perpétuant la violence et les abus dans de nombreuses régions du monde, lors de la production ou de l'achat de nouveaux ordinateurs portables ou téléphones portables. Dans de nombreux pays du Sud, l'extraction, la transformation et le commerce de nombreuses ressources naturelles contenues dans des produits de consommation vendus en Europe financent des groupes armés qui commettent de graves violations des droits de l'homme. Pour résoudre ce problème tout aussi scandaleux, la Commission européenne a proposé en mars un règlement 2014 visant à mettre fin à l'utilisation des revenus provenant de l'exploitation minière pour financer des conflits armés. Nous sommes parmi plus de dirigeants catholiques 100 du monde entier qui se sont unis pour demander sans précédent que les règles de l'UE soient contraignantes et cohérentes.

L'UE a déjà prouvé sa volonté d'agir fermement en 2013 sur la transparence des paiements dans les industries extractives. Désormais, la commission du commerce international du Parlement européen tiendra un débat clé sur le règlement sur les «minerais de conflit» la semaine prochaine. Les parlementaires ont une occasion cruciale de continuer à tirer parti de ce succès en renforçant la faible proposition de la Commission.

En République démocratique du Congo (RDC) et dans la région des Grands Lacs, des règles contraignantes ont récemment été mises en place pour certifier l’origine des matières premières. En RDC, les évêques ont constaté de visu comment la loi américaine 2010 intitulée Dodd Frank Act, section 1502, a incité les acteurs économiques de toutes les nationalités à opter pour un approvisionnement responsable en minéraux. L'Union européenne a également la responsabilité partagée d'agir afin de relever les normes mondiales en matière de diligence raisonnable, et non de les abaisser.

De plus en plus de questions se posent quant à l’efficacité d’un système volontaire pour atteindre l’objectif de rompre le lien entre les conflits et les ressources naturelles. Dans le cas des scandales financiers, les citoyens européens jugeraient-ils suffisant que la réponse de l'UE soit de demander aux multinationales de déclarer volontairement les arrangements fiscaux qu'elles concluent avec différents gouvernements européens? En ce qui concerne les minerais de conflit, la situation semble être la même: lorsqu'elles ne sont pas obligées, les multinationales n'agissent pas. Une étude récente commandée par la Commission européenne montre que seulement 4% des 330 entreprises étudiées rendaient volontairement compte de leurs pratiques de diligence raisonnable. Même un examen éventuel pour envisager de passer à un système obligatoire ne reflète pas suffisamment l'urgence d'aider les communautés souffrant aujourd'hui d'horribles violences, que l'Église s'efforce de protéger.

Les entreprises tout au long de la chaîne d'approvisionnement ont une responsabilité partagée, des entreprises extractives aux importateurs, fournisseurs et utilisateurs finals qui commercialisent des produits contenant des ressources naturelles. L'inclusion des entreprises utilisatrices dans le champ d'application du règlement permettrait aux citoyens européens d'exercer une influence positive et de s'étendre aux fournisseurs asiatiques.

En tant que dirigeants de l'Église, nous attirons également l'attention sur la nécessité d'être cohérent dans les ressources naturelles couvertes. Pour nos frères et sœurs des communautés locales qui souffrent de violations des droits de l’homme et de violences, il n’importe pas que les entreprises exploitent l’étain ou l’or, ce qui serait couvert par la proposition actuelle, ou le cuivre et les diamants dans des pays comme le Myanmar ou le Zimbabwe. ne serait pas. Les signatures des évêques des pays 35 incitent fortement à une réglementation de l'approvisionnement responsable qui s'applique à toute une gamme de ressources naturelles et de pays.

Nous rappelons les paroles du Pape François au Parlement européen en novembre dernier: «Aujourd’hui, la promotion des droits de l’homme est au cœur de l’engagement de l’Union européenne en faveur de la dignité de la personne, tant au sein de l’Union que dans ses relations avec les autres pays.. » … «[L] e temps est venu de travailler ensemble à la construction d'une Europe qui ne tourne pas autour de l'économie, mais autour du caractère sacré de la personne humaine, autour de valeurs inaliénables.»

Les gens aux deux extrémités des chaînes d'approvisionnement mondiales d'aujourd'hui qui nous rejoignent ont besoin de garanties quant à la moralité de nos systèmes commerciaux. Le Parlement européen, reflétant la conscience des citoyens européens, doit relever ce défi.

 

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