À la recherche d'un nouvel imaginaire pour alimenter des rêves plus profonds - CIDSE

À la recherche d'un nouvel imaginaire pour nourrir des rêves plus profonds

Le père Dario Bossi partage ses réflexions sur le Forum social mondial

À partir de la pièce jointe, vous pouvez télécharger la version originale de l'article en italien.

La question que j'ai entendue plus souvent lors du Forum social mondial est la suivante: «Que pouvons-nous faire à partir d'ici?». En organisant pour la première fois le forum au Nord, il a souligné la distance qui sépare encore le Sud.

Dans cette riche ville du Québec, en haute saison, nous avons manqué les mots et les pensées du Sud, en particulier d'Afrique et d'Asie. La politique des frontières canadiennes ne confère pas aux personnes le droit de voyager et de se rencontrer. Comme on le sait, au moins les visas d’entrée 250 demandés à des participants étrangers au forum ont été rejetés. "Nous portons des idées, pas des bombes", a déclaré la militante des droits de l'homme Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture du Mali et candidate à la succession de Ban Ki-moon au poste de secrétaire générale de l'ONU.

Le rassemblement de Montréal a encadré le Forum social mondial avec une logique différente. Avec moins d'échanges Sud-Sud et moins d'intrants pour lancer la résistance de bas en haut («Crear para crer» comme on dit en Amérique latine). Mais avec de bonnes réflexions et provocations en termes d'influence politique, de connexion avec les institutions internationales et de thème des modes de vie. De plus, dans de nombreux débats, il est apparu assez clair que nous ne pouvons pas traiter chaque forme de résistance en silos, car la crise n'en est qu'une: une crise du système et des valeurs… et dans certains moments aussi d'espoir.

Récemment, dans plusieurs pays, un vent d'instabilité des valeurs démocratiques souffle; au niveau mondial, il semble que des points de référence essentiels sur lesquels bâtir des accords solides et justes pour vivre ensemble s'effondrent. La violence folle et la folie fanatique du terrorisme amoindrissent chez beaucoup de gens la confiance dans le dialogue, dans la convivialité des différences. Le langage séduisant des sociétés multinationales et des gouvernements et la double norme qui pousse ceux-ci à l'illusion que quelque chose est en train de changer, qu'il existe une sensibilité croissante pour la justice sociale et écologique. Nous devons plutôt dire que ce qui pousse, c’est la capacité de camoufler les intérêts et de rester ambigu, pour assurer les bénéfices habituels avec une façade plus verte et plus conviviale.

Dans ce contexte, le Forum social mondial est de plus en plus nécessaire, même s'il doit évoluer dans ses stratégies. Certains suggèrent que nous devrions promouvoir certaines réunions thématiques (l'une en préparation porte sur la gouvernance et les formes alternatives de pouvoir populaire, analysant la situation à partir de l'Amérique latine). D'autres insistent pour que le Forum fasse un meilleur usage du grand pouvoir d'influence que peuvent avoir ensemble des centaines d'organisations et de mouvements sociaux. D'autres estiment qu'il est nécessaire de renforcer et de consolider la relation avec les nouveaux mouvements sociaux…

Pour ceux qui travaillent de bas en haut, le Forum est toujours une opportunité précieuse d'élargir votre réseau et d'élaborer des stratégies autour d'actions. C'est comme se retrouver sur une grande place, sous la «tente» du dialogue entre les cultures, du débat sur le changement climatique et les énergies alternatives, de la résistance à la superpuissance des sociétés transnationales etc. J'aime appeler cette place du même nom que Le Pape François a utilisé: la «mondialisation de la solidarité».

À Montréal, j'ai beaucoup travaillé sous la «tente» des communautés qui subissent les impacts des industries extractives, notamment en Amérique latine. Nous avons réuni un bon groupe de personnes pour réfléchir, à travers quatre séminaires, sur les violations causées par les industries minières, les relations de promiscuité entre les entreprises et les États, la criminalisation des dirigeants communautaires et la montée au-delà de tout contrôle des assassinats de syndicalistes et de membres. des mouvements sociaux. Nous avons convoqué une réunion avec les évêques canadiens pour renforcer la relation du réseau œcuménique latino-américain Iglesias y Mineria avec cette conférence épiscopale, et obtenir leur soutien officiel pour certaines de nos initiatives Nous avons relancé le réseau panamazonien des églises REPAM comme un outil qui reproduit en quelque sorte, dans une clé d'église, l'approche du Forum social mondial.

Malheureusement, la «place» du Forum social mondial et tous les espaces publics où se réunissent les personnes qui rêvent d’un monde plus juste se transforment souvent en lieux sans identité, comme une station de métro, où la majorité des gens passent sans même regarder, chacun avec son propre itinéraire, occupé avec sa propre vie.

Un défi majeur pour lutter aujourd'hui contre les graves violations des droits sociaux et environnementaux est d'obtenir le soutien de personnes désintéressées et éloignées. Ce n'est pas quelque chose que vous obtenez en insistant sur le «devoir» de l'engagement social, mais en montrant que prendre soin de la vie donne un sens et une saveur à la vie de chacun de nous. Si le capitalisme est une religion, son rite est la consommation et sa mystique est le désir induit. Nous avons besoin d'un nouvel imaginaire, alimentant des rêves plus profonds, plus humains.

Une façon de suivre cette voie est de raconter des histoires. Des histoires de gens qui agissent avec enthousiasme, de communautés qui se défendent et protègent leur mode de vie, leurs rêves. Apprendre à raconter des histoires signifie écrire une nouvelle histoire. C'est arrivé comme ça même avec l'Évangile, qui inspire encore aujourd'hui le don de la vie à beaucoup de gens…

Le père Dario Bossi est un missionnaire combonien originaire d’Italie et actuellement basé au Brésil. Parmi ses activités, il est impliqué dans le réseau œcuménique Iglesias y Mineria, engagé pour faire face aux conséquences de l’exploitation minière à grande échelle sur les communautés locales.

 

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