Que peut offrir l'avant-projet de texte de traité aux personnes affectées négativement par les opérations commerciales? - CIDSE
Crédit: Dominicos OP

Que peut offrir le texte du projet de traité zéro aux personnes touchées négativement par les activités commerciales?

Crédit: Dominicos OP

Article de blog initialement publié par le Business & Human Rights Resource Centre dans le cadre de leur Réflexions sur la série de blogs Zero Draft sur le projet de traité contraignant sur les entreprises et les droits de l'homme.

 

 

Enracinés dans notre travail direct avec les femmes et les hommes, les communautés et les travailleurs, pour la CIDSE et nos membres, une question clé est celle de savoir ce que le projet de version zéro peut offrir pour améliorer concrètement la situation des personnes dont les droits sont violés et qui défendent leurs territoires. et mode de vie.

 

Les communautés subissent une pression croissante des activités commerciales, également dans le contexte du commerce et des investissements internationaux. En septembre, la CIDSE a accueilli une délégation du Réseau ecclésial panamazonien présentant ses Rapport régional sur les violations des droits de l'homme. Deux cardinaux, accompagnés de dirigeants autochtones, ont informé les décideurs politiques des empiètements sur les terres par des sociétés minières, agroalimentaires et forestières et ont expliqué que la législation nationale était insuffisante pour protéger leurs droits.

En mai, des visiteurs venus du Brésil, dont une femme touchée par le pire désastre écologique que le pays ait connu, ont été l’éclatement du barrage Fundão exploité par Samarco à Mariana (dossier multimédia ici). Trois ans plus tard, la justice est en panne, tant au niveau national que vis-à-vis de la responsabilité des acteurs transnationaux. Le rapport "Sales profits”Analyse cela et d'autres investissements des banques européennes dans des sociétés extractives liées à des violations des droits de l'homme et des atteintes à l'environnement. Il est difficile de savoir si les banques impliquées ont correctement mené à bien leur devoir de diligence.

Et en mars, quatre défenseurs des droits de l'homme de pays andins ont rendu visite à des responsables de l'UE lors de la publication du rapport 'Défendre notre terre et notre nature est notre droit'qui vise à renforcer les capacités des défenseurs dans les régions qui subissent les impacts négatifs des industries extractives et des projets énergétiques.

À l'écoute de ces réalités, ceux qui prennent au sérieux les entreprises et les droits de l'homme doivent s'intéresser au potentiel du texte du traité de renforcer l'action internationale en vue de faire cesser les violations des droits de l'homme liées aux entreprises.

La publication même de l'avant-projet est une sorte de victoire pour des personnes de plus en plus mobilisées en faveur du Traité. Le multilatéralisme et les attaques du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, l'ouverture de négociations sur un texte de traité est un message réconfortant selon lequel la communauté internationale ne restera pas immobile alors que les droits des peuples sont violés par de puissants intérêts économiques.

À partir de l'expérience et du travail de la CIDSE et de nos membres sur les cadres des entreprises et des droits de l'homme aux niveaux international et national, nous pouvons affirmer avec confiance que l'avant-projet de texte reflète et s'appuie sur les Principes directeurs des Nations Unies, offrant des outils pour renforcer leur mise en œuvre et combler les lacunes reconnues. Il s'agit d'une dynamique utile en vue de créer un soutien et une action à grande échelle.

L'accent mis par le projet de loi zéro sur la diligence raisonnable en matière de prévention des droits de l'homme est essentiel pour éviter la négligence des entreprises ou un mépris volontaire des personnes et de la nature entraînant de futures catastrophes. Le texte renforce l'approche des Principes directeurs des Nations Unies en le rendant juridiquement contraignant à l'article 9.2 par le biais de la législation nationale. La loi française sur l'obligation de vigilance montre déjà qu'il est possible de réglementer les activités des multinationales et leurs chaînes d'approvisionnement internationales. À cet égard, le texte pourrait être encore renforcé en mentionnant spécifiquement les relations commerciales liées à l'approvisionnement, l'exportation, les services, l'assurance, la finance et les investissements, renforçant ainsi l'approche globale de la chaîne de valeur de la Conférence internationale du Travail sur le travail décent dans les chaînes d'approvisionnement.

En vue de sa mise en œuvre, le Guide de l'OCDE sur la diligence raisonnable pour une conduite responsable dans les affaires, récemment publié, apporte des précisions utiles, par exemple en exigeant un engagement direct des personnes concernées tout au long du cycle de vie d'un projet. Il s’agit là d’un aspect essentiel des études d’impact sur les droits de l’homme et du consentement libre, préalable et éclairé, afin de garantir un espace suffisant pour que les réalités et les points de vue des femmes et des hommes soient pris en compte, au service de l’égalité des sexes. En outre, le lien entre la diligence raisonnable et la responsabilité est reconnu à l'article 9.4, mais doit être davantage étayé par rapport à l'article 10.

Dans le contexte de l’assassinat croissant de défenseurs des droits de l’homme, le Traité doit contribuer à innover. L’accord Escazú en Amérique latine récemment signé, qui prévoit des mesures de protection des défenseurs en matière d’environnement, est un développement régional important sur lequel il convient de s’appuyer. La mention des aspects environnementaux (Art 4.1., 8.1., 9.2.) Dans le projet de avant-projet est la bienvenue, car de nombreuses organisations partenaires font face à des menaces tout en veillant à la protection des droits de l'homme liés à l'environnement. Le traité peut aller plus loin en mentionnant explicitement les défenseurs et en établissant des mesures spécifiques, par exemple en s'abstenant de lois restrictives, en les protégeant contre la criminalisation et l'entrave au travail, y compris la violence sexiste à l'égard des femmes défenseurs; et mener des enquêtes approfondies, rapides et indépendantes et sanctionner les agressions et l'intimidation.

L'avant-projet met l'accent sur les droits des personnes touchées et l'accès à des voies de recours est la clé. Cela peut constituer une contribution importante à la mise en œuvre du troisième pilier des Principes directeurs des Nations Unies, avec des opportunités de synergies importantes avec le projet du HCDH sur l'accès au remède. La définition large de la compétence et de la loi applicable dans les articles 5 et 7 est positive, avec son choix pour les victimes; C'est une réponse sérieuse aux obstacles juridiques connus causés par des structures et des relations d'entreprise complexes. Une référence explicite aux obligations extraterritoriales renforcerait la sécurité juridique et refléterait bien la responsabilité partagée des États d'accueil et d'origine dans notre monde interdépendant et mondial.

Plusieurs dispositions pour aider à surmonter obstacles à la justice sont importants mais nécessitent des précisions supplémentaires. Parmi ceux-ci, l'obligation d'éviter les retards dans la procédure judiciaire (Art. 5c); le Fonds international pour les victimes proposé; la disposition relative à l'accès à l'information, par exemple sur les structures et les activités de l'entreprise pouvant justifier les plaintes des victimes; et le renversement de la charge de la preuve (Art. 10), dans le contexte d’énormes asymétries de pouvoir et de ressources entre les entreprises et les communautés touchées.

L'article 13.6 traite des conflits graves entre les accords en matière de commerce et d'investissement et les droits de l'homme, en reconnaissant le rôle du traité pour aider à les éviter. De nombreux accords accordent aux entreprises un accès privilégié aux tribunaux d’arbitrage, leur permettant de prendre des décisions en matière de réglementation nationale des droits du travail, de la santé et de l’environnement, tandis que les personnes concernées luttent pour avoir accès à la justice. Cependant, «l'interprétation la moins restrictive» demandée à l'art. 13.7 pourrait être compris comme continuant de permettre à ces accords de limiter l’obligation de protéger incombant à l’État. Une clause spécifique sur la primauté des droits de l'homme obligations permettrait de mieux clarifier cette relation, en ajoutant à un environnement juridique stable.

Enfin, les mécanismes d’application seront essentiels au succès du Traité. Une action internationale est nécessaire pour combler les lacunes importantes reconnues et aider à renforcer les systèmes judiciaires nationaux. Dans cette optique, le nombre de dérogations soumises au droit interne (par exemple, les articles 13.1-3) pourrait sérieusement affaiblir l'efficacité du traité, certaines lois existantes pouvant précisément constituer des obstacles à la justice. Une articulation plus équilibrée entre les niveaux d’action national, régional et international sera nécessaire pour que le Traité fonctionne efficacement dans la pratique.

Gardant à l’esprit ces observations, l’avant-projet constitue une base solide pour la poursuite du dialogue constructif et pour l’avancement des négociations.

Denise Auclair, conseillère principale (auclair (at) cidse.org)

 

 

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